Défilant en se tordant le cou, sur des pattes effilées et le regard vide, les Coqs de Philippe Schlienger nous bluffent par leur ressemblance avec le genre humain qui circule des podiums ou plateaux TV, en passant par les pistes de danse. Toute la basse-cour se précipite sous l'objectif très sarcastique de l'artiste, qui pour mieux les approcher les flatte et les caresse dans le sens des plumes. Parvenu à shooter la volaille à grand renfort de stimulants auditifs principalement, « Que tu es beau , vas -y bouge encore ! », le photographe a suivi les conseils du tenancier de ce beau poulailler. Pierre Plé , collectionneur passionné de coqs de luxe, dans le Perche, fut indispensable lors des prises de vue afin de faire se tenir tranquilles les coqs qui maculaient le fond blanc rapidement.
Cette réalité triviale rappelle que les us et coutumes de la basse-cour sont loin d'être raffinées. Un certain milieu justement est qualifié de puant par d'autres qui ne sont pas enchantés par l'arrivisme écrasant des VIP et autres people en mal de gloire. Prêts à se parer de leurs plus belles plumes et à chier sur tout le monde pour se faire remarquer.
On peut rire de cette caricature de la société mondaine peuplée de fausses princesses désargentées, qui fraye avec les parasites infortunés, les people médiatisés et les faire-valoir endimanchés. Tous ces pique-assiettes se jettent sur les buffets de vernissage où on les invite plus pour les racontars que par curiosité, en espérant alimenter la machine à ragots de la presse. Tiens un coq ivre ! En voilà un coq un ! Quelle jolie chute de Coq 6 ! etc. La vie est belle, sortons nos atours et tant pis si les grincheux trouvent à redire.
Peut-être que c'est cela la fierté, continuer à chanter tous les matins, les deux pieds dans la merde, en faisant allusion à Coluche, qui usait de cette image pour parler des Français.