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  Philippe SCHLIENGER Photographe
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Objets Hystériques

Hystérique a une étymologie féminine, hystero voulant dire utérus. C'est donc presque in utero que cette série se développe. Au cour de l'intime, Philippe Schlienger nous y mène par le bout de sa lorgnette. Sans voyeurisme excessif, sans complaisance morbide ou désinvolture, l'artiste voue un grand respect à l'oeuvre de la Nature et ne fait qu'introduire sa fantaisie là où on l'attend le moins. S'il n'y avait ce profond questionnement devant le mystère, jamais ces gros plans n'atteindraient une dimension mystique, conférée tout autant par l'originalité du sujet, que par l'extrême pureté de la prise de vue.

Niché dans les replis d'une vulve humaine, un criquet vert jade y est déposé tel un talisman dans un écrin. Cette mise en scène peut évoquer le dernier rituel funéraire des momies égyptiennes dont on couvre les orifices avec des scarabées porte-bonheur pour les protéger dans le monde des morts. Mais par dessus tout, nous observons l'un des plus grands mystères de l'humanité : la procréation.

Après les insectes bien sagement répertoriés d'un entomologiste, ou ceux de Jacques Kerchache , fantastiquement exposés comme à Avignon, nous n'avons encore rien vu. Ceux de Philippe Schlienger sortent des boites, des fourrés et des taillis et viennent se poser oh ! shocking ! sur nos anatomies comme en plein été.

Voici donc, l'escargot qui arpente le mont Pénis en toute impunité. Bien installé sur une verge, le gastéropode monte consciencieusement la pente escarpée du plaisir. Tout baveux, il dépose un film transparent sans équivoque. Dans cette photographie particulièrement, l'aspect ludique résulte de la juxtaposition naïve d'animaux avec la nature humaine bien autrement intentionnée.

Ce microcosme érotique est un prétexte que choisit l'artiste pour évoquer nos pulsions de vie, les plus pures, celles issues de notre cerveau qui gère les instincts de reproduction. C'est le cerveau reptilien qui lui gère les réflexes primaires de survie de l'espèce, nous sommes toujours en relation avec notre animalité. 

Au delà de la provocation, bien inoffensive, il y a un total émerveillement devant le travestissement de la réalité, et devant les ressemblances entre la Nature et la Nature humaine tant dans ses formes que dans ses fonctions . Philippe Schlienger finit par nous faire croire à l'hybridation possible dans un Eden bien éloigné de l'île du Docteur Moreau. La Nature surpasse-t-elle toujours l'homme dans la fantaisie ?